Opéra? “C’est faire de l’art magnifique au bon moment”

Interview presse

Soprano de renommée internationale, Brigitte Hool revient toujours avec plaisir à Neuchâtel, la ville de sa jeunesse. Rencontre vivifiante au bord du lac avec une jeune femme bien dans sa voie.

Que ressentez-vous lorsque vous chantez? C’est grand. Du vrai bonheur. Mais pour y parvenir, c’est un long chemin. Et beaucoup de paramètres à connaître et à avoir assimilés.

Comment définiriez-vous une soprano? Quelqu’un capable d’avoir une voix belle jusque dans l’aigu. La soprano avec une voix plus aiguë va le plus souvent interpréter une jeune personne, gentille. C’est une caractéristique.

En chantant, vous interprétez aussi et surtout des rôles. Quelle est l’importance de la “comédie” dans votre métier? L’opéra est un tout. Il y a toujours une histoire à faire passer. Et la mise en scène apporte une dimension dramatique. Les spectateurs peuvent s’identifier au rôle que l’on joue à distance. Le cinéma a proprement parlé et l’opéra peuvent faire bon ménage. J’apprécierais beaucoup que des réalisateurs reconnus mettent en scène des opéras pour le grand écran.

Cet art dégage une image élitiste. Correspond-elle à la réalité? Non. L’opéra a toujours été populaire. Les places y sont même parfois moins chères qu’au cinéma. Ce qui donne cette impression, c’est que nous nous produisons souvent dans des bâtiments magnifiques, qu’il y a un sillage de magie, de rêve. Mais, aujourd’hui, le public ne porte plus nécessairement une grand robe et un costume. De notre côté, lors des répétitions, nous sommes tous en jeans.

Vous avez suivi une formation de journaliste. Bilan? ça m’a ouvert d’autres horizons avant le chant, répondu à ma curiosité, car beaucoup de thèmes y étaient abordés, comme le droit ou l’histoire des médias, la manière dont on réalise un journal, etc. que je n’aurais a priori pas traités dans mon cursus artistique.

Que vous reste-t-il de Neuchâtel dans votre carrière désormais internationale? L’exigence du Conservatoire de musique où j’ai étudié, avait une ambition d’être à niveau qui dépassait même, sans que l’on s’en rende compte, les attentes d’autres établissements.

En solfège, par exemple, j’ai fait de la dictée atonale à trois voix. Quand j’en parle à mes collègues, ils n’en reviennent pas! Nous avions aussi un bon rapport humain avec le prof, car la classe ne comptait que 20 à 25 élèves. ça vaut une fortune. Allez dire ça à Paris...

Qu’appréciez-vous particulièrement à Neuchâtel?
Tout est proche à pied. En cinq minutes, on est au bord du lac, dans la forêt où l’air est pur. Les gens se saluent. C’est à la fois la qualité de la proximité et le sens de la politesse typiquement helvétique. ça compense largement ce que les métropoles peuvent offrir. Neuchâtel est à la fois une ville entreprenante, courageuse et sympathique.

Vous habitez désormais Chernex-sur-Montreux. Vous sentez-vous encore proche de la ville de votre jeunesse?
Bien sûr, déjà parce que j’y ai toute ma famille: mes parents, mes frères, mes nièce et neveu sans oublier une clique d’amis. Je suis donc en contact permanent avec la ville. Par ailleurs, c’est agréable d’y revenir à l’occasion d’une production ou l’autre.

Culture? Une richesse suisse. C’est l’une des grandes richesses de la Suisse. Elle contribue à hauteur de près de 18 milliards de francs au produit national brut, le PIB, c’est-à-dire davantage que l’horlogerie

Opéra? C’est faire de l’art magnifique au bon moment. Y arriver implique l’apprentissage de la disponibilité, une certaine obéissance afin d’être prêt au moment M.

Eclectisme? Outre le journalisme, Brigitte Hool a étudié l’histoire de l’art, les sciences politiques, le français. Elle est également professeur de yoga (Ecole Yogakshemam) et de chant! Je suis pour que l’on fasse des études si on le peut. Elles donnent de la maturité.

Recette forme? La voix est plus belle quand on a bien dormi. C’est pourquoi j’essaye d’arriver à 9 heures de sommeil par nuit. Avant de chanter, on fait aussi attention à ce qu’on mange: pas d’amendes pour éviter de tousser, notamment. Avant une prestation sur scène de deux heures, je mange des pâtes, du riz, des céréales. Comme un sportif d’élite, en fait.

La Suisse? Je suis touchée par le fait que nous n’y connaissons pas le cynisme. En Suisse, lorsque quelqu’un demande son chemin, on va se mettre à sa place et lui apporter l’aide nécessaire. Une des plus grandes vertus de nos compatriotes est la gentillesse et je trouve qu’elle n’est pas assez mise en valeur par eux-mêmes.

Interview Didier Walzer
Photos Charly Rappo